Lecture libre : les deux premiers chapitres « Les chemins d’Hermès »

 

 

 

 

LES CHEMINS D’HERMES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tome 1 : LE PEUPLE DU NID

 

 

Prologue

 

 

La chaleur était étouffante dans la cabane assombrie. L’air, vicié des halètements et des râles de Corail, pesait lourdement sur les matrones. Les cheveux collés au front, la jeune femme enfonçait ses doigts dans les mains qui la soutenaient. A chacune de ses contractions, un hurlement irrépressible emplissait l’air. Dans ses entrailles, la douleur se concentrait puis se dilatait, l’envahissant à un rythme effréné.

Après une première journée de supplice, la seconde touchait maintenant à sa fin sans que Corail ne soit parvenue à mettre son enfant au monde. Toutes les femmes s’étaient relayées auprès d’elle, la soutenant et lui prodiguant milles conseils. Tour à tour elles se rendaient à la source, tentant vainement de la soulager avec de l’eau fraiche. La fatigue se lisait désormais sur les visages. Bien d’autres nourrissons étaient venus au monde dans le village. Pourtant, aucune d’elles ne semblait sereine. Des regards anxieux s’échangeaient sans relâche et tous convergeaient avec impuissance vers le corps de Corail. A ses côtés, un homme ignorait obstinément les murmures d’inquiétude qui hantaient les lieux. Sans un regard pour les femmes qui se pressaient autour d’eux, il serrait dans ses larges mains les paumes de la jeune femme, mêlant sa sueur à la sienne.

—    Aral, s’exclama à son intention l’une des femmes, en émergeant du groupe qui conversait à voix basse, il faut la sortir d’ici ! Nous n’avons que trop tardé, elle ne pourra pas endurer cela encore longtemps. Nous devons la confier à l’océan avant qu’il ne soit trop tard!

Concentré sur le flux et le reflux des contractions, Aral fit mine de ne pas entendre. Il soutenait Corail depuis des heures. Soutenir n’était pas un vain mot car sa haute stature lui permettait d’appuyer tout le dos de la femme en travail contre sa poitrine. Sa barbe poivre et sel, couverte de sueur et de larmes, était noyée dans la masse de ses cheveux blonds. Depuis la première contraction il avait mis sa force au service de la parturiente, refusant catégoriquement de prendre le moindre repos.

—    Pas encore ! Nous n’avons pas tout essayé ! articula-t-il finalement, les mâchoires contractées par l’effort.

—    Mais, Aral, protesta à son tour une seconde femme, elle va mourir ! Ne vois-tu pas qu’elle s’épuise ? Cet enfant refuse de naitre, bien sûr que nous avons tout essayé !

—    Les plantes, tous tes onguents et tes remèdes, et même les prières à la mer, poursuivit une troisième femme d’un ton accusateur, tout ton savoir n’y peut rien, tu le vois bien. Il faut essayer l’océan, maintenant !

Corail, qui était restée silencieuse quelques minutes, proche du coma, s’arqua de nouveau dans les bras d’Aral. Telle une vague, la douleur sembla la submerger. Un long cri muet s’éleva vers le ciel, puis elle retomba, inerte. L’enfant semblait vouloir contrarier la nature. Aucun des gestes appris de mère en fille n’avait pu le décider à progresser dans le bassin. Arrimé au corps de sa mère, il luttait pour ne pas naître, tout autant que Corail souffrait pour lui donner la vie. Deux volontés contraires s’affrontaient et se défiaient, sans que quiconque puisse mettre fin à la joute.

Un silence pesant retomba dans la cabane. Aral posa Corail sur la natte et la contempla avec tendresse. La jeune femme gisait maintenant, le souffle presque inexistant.

—    Aral, murmura l’une des femmes en posant délicatement la main sur son avant-bras puissant, je suis ton épouse alors écoute moi et ne t’obstine pas. Il faut l’amener à l’océan, qui sait quel miracle il pourrait accomplir ? Elle est perdue, tu le vois bien, et le bébé aussi. Tu as fait tout ton possible. Je t’en prie…

Aral passa une main lasse sur ses yeux. Sa poitrine se soulevait rapidement, essoufflé par les efforts qu’il venait de produire. Son front perlait et la sueur salée suivait les sillons de ses traits burinés. Avec un soupir il tendit la main vers l’épaule de sa femme et s’y appuya lourdement.

—    Il y a une chose que nous n’avons pas encore essayée, répondit-il avec patience. L’océan n’est que superstition, Blanche, tu le sais aussi bien que moi. Il ne t’a pas aidée en ton temps, souviens-toi ! Il y a une chose …

Sa femme secoua la tête, visiblement apeurée.

—    Il y a une chose… répéta-t-il entre deux souffles, une chose que nous n’avons pas essayée.

Il leva alors ses yeux noirs vers Blanche, dans une supplique muette. Elle se raidit et repoussa sa main en secouant de nouveau la tête.

—    Toutes les femmes réunies ici savent ce que j’ai enduré pour mettre notre fils au monde ! Mais jamais je n’aurais accepté que tu essaies tes potions sur moi ! Ta médecine ne peut pas tout, tu n’es pas Dieu !

—    Je ne t’aurais pas laissé le choix ! rugit alors Aral, en se redressant à son tour.

Il semblait occuper toute la pièce. La fureur qui brillait dans ses yeux lui conférait une stature imposante. Blanche, petite et menue face à ce colosse, irradiait pourtant d’une colère tout aussi puissante. Elle repoussa sa chevelure épaisse en signe de défi et toisa son mari sans bouger.

—    Va chercher la fiole ! immédiatement ! ordonna-t-il sèchement.

Blanche vacilla, hésita. Elle jeta un œil aux femmes réunies autour d’elle, en quête d’un soutien implicite. Toutes s’étaient lentement écartées du couple. Les regards restaient prudemment fixés au sol. Aral était une sommité dans son village et seule sa femme pouvait le remettre en question de la sorte. Abandonnée dans sa révolte par les matrones, elle chancela, découragée et rompue de fatigue. Après tout, il était médecin. Elle n’était que son épouse.

Un gémissement monta alors entre eux et le corps de Corail se souleva vigoureusement de la natte détrempée. Le regard de Blanche s’adoucit. Elle se précipita, les mains en avant, et caressa le visage de la jeune femme :

—    Pitié, délira-t-elle dans un souffle, pitié … fais ce qu’il te dit.

Blanche se redressa d’un bond et adressa un dernier regard furibond à son mari. Appuyé sur ses genoux, cherchant toujours son souffle, Aral lui retourna un regard tout aussi réprobateur. Sans ajouter un mot, elle se précipita hors de la cabane. Elle réapparut quelques secondes plus tard, portant dans ses mains une fiole en verre. Aral s’en empara immédiatement et fit sauter le bouchon de liège d’un coup de pouce. Sans accorder la moindre attention à l’assistance, il se pencha sur Corail et la prit de nouveau dans ses bras.

—    Il va falloir boire, Corail, lui murmura-t-il à l’oreille.

Pour toute réponse, la jeune femme esquissa une grimace et son corps se tendit de nouveau. Aral attendit la fin de la contraction, puis glissa la fiole entre ses lèvres crevassées.

—    Bois, ma fille, bois, susurra-t-il d’une voix enveloppante.

Corail déglutit difficilement, buvant par petites gorgées dans un ultime réflexe. Avec patience, Aral veillait à ce qu’elle avale chaque goutte du précieux liquide. Autour d’eux, les murmures de désapprobation s’élevaient maintenant et rompaient le silence pesant qui régnait depuis le début de la dispute.

—    Taisez-vous, vieilles pies ! rugit Aral. Sortez, sortez toutes ! Si elle doit mourir, qu’elle le fasse en paix !

Un silence courroucé retomba instantanément. Dans un bruit de pas trainants, toutes les femmes gagnèrent la porte. Blottie dans les bras d’Aral, Corail ne donnait plus signe de vie. Blanche s’approcha doucement de son mari et posa une main réconciliatrice sur sa tête. Avec une infinie douceur elle caressa ses cheveux gris emmêlés. Aral ferma les yeux, et poussa un profond soupir. Blanche déposa à ses côtés une gourde en peau de bête. Il entendit le discret clapotis de l’eau à l’intérieur. Sa femme veillait sur lui à cet instant, comme elle l’avait toujours fait malgré leurs désaccords, et comme lui-même veillait sur ces deux vies qui s’enfuyaient entre ses bras. Blanche s’éloigna ensuite et quitta à son tour la maisonnette, les laissant seuls face à leur combat.

Autour d’eux, l’air grésillait maintenant du seul bruit des grillons chantant sous leurs fenêtres. L’odeur familière du plancher en bois s’élevait du sol, agrémenté des brassées d’herbes apaisantes que les femmes avaient dispersées en début de travail. Le mobilier avait été repoussé contre les murs à la va-vite, tant l’accouchement s’était déclenché inopinément. Aral regrettait de n’avoir pu transporter Corail dans son laboratoire, près de ses remèdes, ce qui aurait facilité son travail. Au lieu de cela, elle était étendue depuis des heures à même la natte souillée. Il contempla douloureusement la jeune femme qui paraissait presque endormie. Un sentiment d’impuissance l’envahit et il décida de faire les cent pas, espérant ainsi le chasser en détendant ses membres engourdis. Au dehors, il entendait les villageois aller et venir. Ils accomplissaient leurs tâches quotidiennes en ignorant le drame qui se jouait entre ces murs. Aral arpentait sans relâche la petite pièce en la détaillant du regard : elle semblait plus grande maintenant qu’elle était désertée. La vue d’un berceau en rotin matelassé de peau, posé à même le sol près de la couche des futurs parents, lui arracha le cœur.

 

« Il a juste eu le temps de finir le berceau avant de nous quitter, pensa-t-il avec douleur, mais le verrons-nous jamais occupé ? »

 

Comme une déferlante, la colère et l’amertume s’emparèrent alors de lui. Il reprit sa place, Corail blottie contre son torse, et tendit ses dernières forces vers les vies qui palpitaient entre ses bras. Il ne pouvait pas les perdre. Aussi rudimentaire et courte que soit leur existence à tous ici-bas, aussi cher qu’ait été le prix à payer pour tout cela, il ne devait pas les perdre.

Corail se tendit une nouvelle fois et Aral sentit toute la puissance de la vie exploser contre son torse. Dans un ultime effort, il se redressa et cala son dos contre la poutre centrale de la cabane. Le dénouement était proche, Corail allait jeter ses ultimes forces dans la bataille.

*

 

 

Lorsqu’Aral poussa le panneau de bois quelques heures plus tard, le soleil déclinait dans le ciel. Personne n’avait osé s’aventurer dans la maison mais les villageois étaient rassemblés en cercle, devant la porte, murmurant et spéculant sur l’issue de la journée. Les femmes, réunies autour de Blanche, gardaient un silence circonspect. Même les pêcheurs étaient sortis de l’eau et attendaient, regroupés à l’écart sous un bosquet, à la lisière de la pinède. Un silence respectueux se fit à la seule vue de cet homme, immense et rompu à la fois, sortir en chancelant de la cabane. Aral jeta un regard de défi à la ronde : dans ses bras, enroulée dans une peau tannée, une petite fille, immobile et sale, posait un regard paisible au loin, sur le ciel orangé.

Blanche s’approcha de son mari et contempla l’enfant avec appréhension.

—    Comment est-ce possible, Aral ? demanda-t-elle dans un souffle chargé d’émotion.

—    Je t’avais dit qu’il fallait essayer. Regarde, murmura-t-il en portant un regard attendri sur le bébé, c’est une petite fille parfaite !

Il ajouta d’une voix forte, à l’attention de tous :

—    Regardez tous ! Elle est bien vivante, et sa mère aussi ! Nous avons réussi !

Joignant le geste à la parole, Aral tourna l’enfant vers les villageois. Des cris de joie retentirent alors et plusieurs femmes se précipitèrent à l’intérieur de la cabane pour porter les premiers soins à Corail. Les traits de Blanche se détendirent et un sourire illumina son visage, faisant danser les rides autour de ses grands yeux bleus :

—    Il aurait été tellement heureux, Aral.

Dans un hoquet, elle retint un sanglot et poursuivit d’une voix sourde :

—    Elle a ses yeux, si profond, si …

Aral serra sa femme dans ses bras en signe d’apaisement et posa un long baiser de réconfort dans sa chevelure. Il lui tendit la petite fille pour toute réponse. L’heure était au bonheur et non aux souvenirs douloureux.

—    Comment allons-nous l’appeler ? interrogea Blanche, joie et tristesse également mêlées dans la voix.

—    Corail m’a dit qu’ils avaient choisi Abysse.

Aral se pencha de nouveau sur l’enfant. Discrètement, il écrasa une larme. Oui, cette petite avait le regard de son fils. L’amour qu’il éprouvait déjà pour elle lui vrilla le cœur, s’enfonçant comme une cheville au côté du souvenir de son garçon.

—    Abysse … murmura Blanche, le regard perdu au loin, vers la pinède.

Sans plus considérer son mari, elle se glissa dans la maison à la suite des femmes, emportant le nouveau-né avec elle. Autour d’eux, les groupes se séparaient déjà et chacun retournait à ses occupations. Aral s’effondra, plus qu’il ne s’assit, au pied d’un grand pin et contempla son village.

Les petites maisons de bois étaient toutes identiques. Rustiques mais solides, elles étaient serrées les unes contre les autres, réunies dans un cercle protecteur. Les foyers s’éclairaient déjà du feu qui servirait à préparer le souper du soir. Aral se souvenait de la construction de chacune, mobilisant à chaque fois tout le village. Ce travail collectif avait soudé leur communauté et garantie leur survie à tous. L’odeur du poisson grillé dans les cheminées lui chatouilla les narines et se mélangea à celle du pain qui sortait du four collectif, bâti au centre du village. Il ferma les yeux pour en savourer pleinement le fumé. Quelques pêcheurs passèrent près de lui, lui tapotant l’épaule ou lui jetant des regards complices, mais personne n’interrompit sa rêverie. Tous savaient que leur médecin avait beaucoup donné. Il méritait maintenant de se reposer. Un peu plus loin, les villageois se hélaient, annonçant sans relâche la naissance du nouvel enfant de la tribu. Obéissant à la coutume, ils scandaient son prénom en signe de reconnaissance :

 

« Abysse, fille de Corail, petite fille d’Aral et Blanche, sois la bienvenue. »

 

Aral sentit la fatigue refluer en lui et une joie immense le gagner, joie comme il n’en avait pas ressentie depuis longtemps. Il pouvait s’accorder ces instants de félicité : une nouvelle vie venait illuminer la sienne, après tous les malheurs qui l’avaient jonchée. Par ailleurs, il avait la satisfaction personnelle d’avoir trouvé un nouveau remède pour sa tribu et il avait pu en faire la démonstration, oh combien réussie !

Il se redressa en s’appuyant lourdement contre le tronc de l’arbre et se mit en marche vers la pinède. Il traversa d’abord à pas lents le cercle des cabanes, saluant d’un signe de tête discret chaque villageois, et s’éloigna vers le rivage. En baissant la tête il pénétra dans la pinède qui le protégea des derniers rayons du soleil alors qu’il cheminait vers la plage. Le craquement familier du lit d’aiguilles laissait échapper une bonne odeur de sève à chacun de ses pas. Avec délice, il huma de nouveau les senteurs de sa forêt, comme il avait humé celles de son village. Bientôt, la mer se dessina entre les arbres et le sable remplaça le sous-bois. Le ressac des vagues l’accueillit, amplifié à mesure qu’il s’approchait, comme une musique réconfortante et familière. Il atteignit la plage et fit halte au plus près de la mer. Le regard fixé sur l’horizon, il ôta lentement ses vêtements de peau, humides et souillés, délaça ses sandales, puis s’avança, nu, au milieu des vagues. L’eau caressait agréablement sa peau et il s’allongea de tout son long sur le dos. Un vol d’oiseaux passa au-dessus de lui en poussant une série de cris perçants. Aral savoura les bienfaits de la baignade. Avec un profond soupir, il laissa la mer emporter les tensions de son corps et courir entre ses doigts écartés. Il s’offrit au bercement des vagues, comme Abysse devait s’offrir à celui de sa mère à ce moment même. La mer était encore chaude, l’hiver serait surement tardif cette année, constata-t-il pour lui-même. Il devrait en tenir compte dans ses collectes d’algues et d’herbes. La lune commençait à dessiner sa silhouette ronde au firmament. Un dernier rayon de soleil, blond et doré comme le miel, illumina alors le ciel avant de disparaitre derrière un nuage épais. Là-haut, comme un écho entêtant, un scintillement métallique familier lui renvoya sa clarté et l’éblouit douloureusement.

Aral ferma les yeux pour ne pas le voir

 

1

 

 

Le cliquetis familier des tasses entrechoquées le réveilla. Dans la pénombre de sa chambre, il prit d’abord un moment pour sortir des brumes de ses rêves et s’étira paresseusement, ses pieds et ses mains dépassant sous la couette. Il tendit ensuite l’oreille vers le salon : comme de coutume, sa mère mettait la table pour le petit déjeuner et la bouilloire chantait déjà. Il l’imaginait sans peine, s’activant dans l’espace restreint du salon-cuisine, pour que tout soit parfait à leur arrivée. Il étira de nouveau ses bras, puis ses longues jambes, repoussa sa couette et se redressa d’un bond pour s’asseoir au bord de sa couchette. Percevant son mouvement, le plafond se teinta immédiatement d’une aube pâle qu’il accentua d’un geste désinvolte de la main. La lumière vive d’un petit matin d’été inonda alors la cabine. Les murs blancs de la petite pièce reflétèrent la clarté émise par le plafond et l’éblouirent. En plissant les yeux, il se contempla d’un œil critique dans le miroir fixé sur la porte coulissante, à quelques centimètres de ses genoux repliés. Son reflet lui arracha un demi-sourire. Sa chevelure brune en bataille sur son visage aux traits fins lui donnait l’air encore plus juvénile qu’il ne l’était. Il posa un œil résigné sur son poignet droit : le petit écran flexible, incrusté dans le bracelet en plastique blanc qui ne le quittait jamais, clignotait d’une lueur bleue pale :

 

« Un message »

 

Sans y prêter attention, il repoussa sa couette et enfila lentement la tunique de toile synthétique grise qu’il avait posée au pied de son lit la veille. Il se glissa ensuite dans le pantalon qui l’accompagnait. Avec un bâillement accentué, il enfila ses chaussures de toile. Non sans avoir jeté un dernier regard au miroir, il fit coulisser le panneau pour passer au salon.

—    Elseneur, te voilà ! Laisse-moi te regarder.

Une grande femme blonde, aux traits aussi fins que les siens, lui souriait, les mains posées sur ses hanches étroites. Bien que vêtue du même ensemble gris que le jeune homme, la coupe cintrée de ses vêtements accentuait sa grâce naturelle. Elle l’attendait, nonchalamment appuyée contre le plan de travail de la petite cuisine. Elle le parcourut de la tête aux pieds d’un regard inquisiteur, semblant évaluer sa prestation au saut du lit. Avec une moue approbatrice, elle ajusta la tunique sur les épaules de son fils, tira sur l’ourlet pour en accentuer la droiture, puis soupira d’aise.

—    Tu portes bien ton uniforme, mon fils, il ne manque plus que l’insigne.

—    Merci maman, sourit le jeune homme en lui posant un baiser sur la joue.

Elseneur se glissa ensuite avec la souplesse d’un chat sur la banquette qui entourait la petite table rectangulaire, au milieu du salon. Le décor, uniformément gris et blanc, reflétait là aussi la lumière dispensée par le plafond. Derrière lui, un mur d’ambiance affichait la clarté d’un petit matin sur un lac, comme une fenêtre ouverte sur le monde. La brume courait à la surface de l’eau mais le soleil pointait déjà ses rayons au-dessus des collines environnantes, léchant au passage les vieilles pierres d’un château crénelé. Juché au sommet de son éperon rocheux, il dominait le lac et le petit salon, apportant une touche solennelle à l’ensemble. Elseneur se retourna quelques instants pour contempler le paysage et profiter des rayons de soleil fictifs que le mur lui dispensait. Il fut rappelé à l’ordre par un claquement de langue de sa mère qui versait déjà l’eau chaude dans la tasse posée devant lui. La bonne odeur du thé infusant le ramena à la réalité. Avec gourmandise il s’empara d’une galette et mordit à pleine dent dans le blé croustillant. Le plafond au-dessus de lui diffusait une lumière douce de début de matinée, Elseneur l’accentua d’un geste de la main. Avec un nouveau claquement de langue réprobateur, sa mère baissa immédiatement l’intensité de la lumière.

—    Aberdeen, as-tu vu ma tunique ?

Un homme, tout aussi brun que sa femme était blonde, émergea de la seconde cabine, située de l’autre côté du salon cuisine. Il s’avança torse nu, vêtu de son seul pantalon gris. Occupé par ces trois personnes, la pièce semblait maintenant minuscule et encombrée.

—    Regarde dans la cuve de décontamination, Clyde, répondit Aberdeen en levant les yeux au ciel.

En s’étirant, Clyde passa devant la table et lança avec un profond bâillement :

—    Bonjour, El !

—    Bonjour Papa. Nuit agitée ?

Dans un grognement ininterprétable, Clyde ouvrit le compartiment près du plan de travail de la cuisine pour en extraire ses vêtements propres. Tout en contemplant d’un air endormi le lac, sur lequel les brumes se déchiraient peu à peu, il enfila sa tunique fraîchement sortie de la cuve. Il se glissa ensuite près de son fils, sur la banquette.

—    Vous vous ressemblez de plus en plus, constata Aberdeen, en s’asseyant à son tour à table. Même stature, même couleur de cheveux, et je ne parle pas de vos yeux noirs !

Le tableau était en effet saisissant : Elseneur, bien que plus jeune, avait la même carrure d’épaule et la même silhouette élancée que son père. Clyde avait simplement réussi à dompter sa chevelure rebelle en portant le cheveu court. A chaque fois qu’elle contemplait son fils, Aberdeen retrouvait en lui l’homme qu’elle avait connu et épousé alors qu’elle était encore si jeune. La pratique de son métier avait déjà commencé à modifier la gestuelle d’Elseneur. Dans quelques années, son fils serait un homme calme, déterminé et rassurant, comme son mari pouvait l’être. Cependant, elle n’ignorait pas que cette carapace était un leurre : son mari était un animal à sang froid mais bouillonnant d’énergie contenue. Leur fils était fait du même bois, pour leur plus grande fierté.

—    Nous porterons bientôt le même insigne sur nos tuniques. Cela me rend très heureuse, poursuivit-elle avec conviction.

Aberdeen tapota du bout du doigt son insigne argenté, fixé sur sa tunique à hauteur du cœur. Il était rigoureusement identique à celui que portait Clyde : un élégant bâton de commandeur, enlacé par deux serpents s’élevant gracieusement, couronnés d’une paire d’ailes déployées. Elseneur porta la main à sa poitrine en signe d’espoir et sourit de nouveau à sa mère. Clyde avala une gorgée de thé avant de se tourner légèrement vers son fils.

—    Tu es prêt pour ton premier jour ?

—    Je suis prêt, papa, répondit Elseneur, la bouche pleine. Pas mécontent de troquer mon statut d’étudiant contre celui de médecin.

—    Ne t’emballe pas trop, fils, ce n’est que le début de ton stage. Il te faudra encore six mois de pratique dans notre service, puis six mois dans celui de ta mère, avant que ton orientation ne soit définitive. Ton insigne, tu vas devoir le mériter.

Elseneur haussa les épaules et reprit une bouchée de galette.

—    J’aimerais soigner. Je suis sûr de moi et de mon objectif depuis toujours. Même si nous sommes une famille de médecins et de chercheurs, ne le prends pas mal, maman, mais le travail de laboratoire …

—    Est important et même primordial pour nous tous, coupa Aberdeen en fronçant les sourcils, et tu le sais. Sans ce travail de conservation de notre patrimoine, que serions-nous devenus ?

—    Je sais, soupira Elseneur avec un sourire mutin, ne te vexe pas. Simplement, tu es derrière un bureau, ou un microscope, à étudier des lamelles toute la journée. Les boites de Pétri ne m’ont jamais attirées. J’ai envie de soigner et d’apporter immédiatement quelque chose à la Flotte. Je serai plus à ma place à l’hôpital, j’en suis convaincu.

Aberdeen dodelina de la tête en levant de nouveau les yeux au ciel. Elle afficha cependant un sourire indulgent.

—    Si tu as des cas à étudier et des lamelles à décortiquer, c’est bien parce qu’il y a des médecins de terrain pour les remonter, non ? ajouta le jeune homme avec détermination.

—    El, intervint Clyde entre deux gorgées de thé, n’oublie pas que si ta mère occupe ce poste, c’est parce qu’elle a été un bien meilleur médecin que moi, ou que n’importe quel autre médecin d’Esculape.

Clyde prit tendrement la main de sa femme, qui lui retourna un sourire gêné. Elseneur connaissait par cœur le discours de Clyde pour l’avoir entendu un million de fois. Sa mère était la fierté de la famille, le meilleur médecin de tous les médecins qu’elle avait pu compter au fil des générations, et son père ne cessait de le répéter avec conviction depuis sa plus tendre enfance. Elle avait le travail le plus important, le plus utile ! Parfois, Elseneur se demandait ce qui justifiait une telle admiration. Aberdeen semblait partager son trouble : elle qui était toujours si brillante, elle se fissurait à chaque compliment de Clyde.

—    Tu feras ce pour quoi tu es le meilleur, trancha-t-elle précipitamment, comme nous tous. Nous verrons dans un an, lorsque ton cursus sera achevé, ce que le Conseil décidera. En attendant, jeune homme, il faut te consacrer à ta carrière et ne pas penser à tout cela. Ton rôle est d’être le meilleur, avec les capacités qui sont les tiennes. Laisse ensuite au Conseil le soin de t’orienter vers ce qui sera le mieux pour nous tous. Tu verras que tu seras heureux de la tâche qu’on te fixera, quelle qu’elle soit.

Elseneur avala sa dernière gorgée de thé à la va vite, dissimulant ainsi son scepticisme, puis se glissa hors de la banquette. Se rappelant alors le message reçu plus tôt, il effleura l’écran bleu pâle de son bracelet :

 

« Une pensée pour mon héros, bonne première journée. Vic. »

 

Elseneur effaça le message avec un sourire bienheureux. Il tendit le bras vers la table, s’empara de sa vaisselle et la déposa dans la cuve à décontamination dans la cuisine. Ses parents l’imitèrent prestement. Dans le ballet habituel d’une vie domestique parfaitement réglée, Clyde ouvrit la porte coulissante de leur appartement cabine alors qu’Aberdeen, d’un geste de la main, éteignait le plafond. Avec un dernier regard sur le lac, maintenant ensoleillé, Elseneur referma derrière lui le panneau sur lequel on pouvait lire le numéro 1616, et le nom de leur famille, en lettres capitales : KERR. La porte se verrouilla automatiquement au contact prolongé de son pouce sur le capteur extérieur.

Leur appartement cabine donnait sur une coursive étroite. La famille prit sa place dans la foule compacte qui y déambulait déjà. Les parois blanches ne se distinguaient pas de celles que l’on pouvait trouver dans les cabines. Ici ou là, un mur d’ambiance rompait la monotonie en offrant une vue sur la mer, la montagne ou les pâturages. L’ensemble de ces tableaux donnait une impression de petit matin. D’un mur à l’autre, les arbres arboraient une couleur rouille de début d’automne. Si tous les passagers portaient une tenue uniformément grise, les femmes se distinguaient des hommes par la coupe cintrée et élégante de leur tunique, qui mettait parfaitement en valeur leurs silhouettes élancées. Sur les poitrines, des insignes divers se côtoyaient, accompagnant des jeunes encore dépourvus de signes distinctifs. Comme chaque matin dans la Flotte, certains marcheurs étaient absorbés dans leurs conversations. D’autres écoutaient attentivement les annonces du haut-parleur qui se succédaient avec régularité :

 

« Personnel en transit pour la zone A, pensez à vous munir de votre bracelet. Suivez les voies afin d’accéder à vos navettes : voie de droite, vol pour Ecole, voie de gauche, vol omnibus de desserte circulaire, réservée aux voyageurs en déplacement personnel. Ce vol desservira Esculape, Arche, Acropole, Ecole, Le Nid.

Personnel en transit pour la zone B, pensez à vous munir de votre bracelet. Suivez les voies afin d’accéder à vos navettes : voie de droite, vol pour Acropole, voie de gauche, vol pour Esculape. »

 

Au premier embranchement, la foule se sépara en deux. Les uns partaient vers la zone A, les autres vers la zone B. Les mêmes dédales de coursives uniformément blanches s’ouvraient de chaque côté, telle une immense fourmilière aseptisée. Au second embranchement, Aberdeen se retourna vers sa famille :

—    Je bifurque ici. Elseneur, mon chéri, suis bien ton père aujourd’hui et reste concentré. N’oublie pas le ravitaillement : c’est ton tour d’aller au hangar.

—    Ne t’en fais pas, la rassura Elseneur, j’ai vérifié l’heure prévue sur la convocation.

—    Parfait. On se retrouve ce soir, je rentre avec la dernière navette.

—    Encore une réunion avec le Conseil ? s’étonna Clyde.

—    Le bilan annuel, répondit-elle sombrement en agitant la main, tout en s’éloignant déjà dans le couloir de gauche, bonne journée !

Happée par le flot des marcheurs, Aberdeen disparut en quelques instants. Clyde et Elseneur poursuivirent leur route dans le couloir de droite. La foule était maintenant moins dense et la circulation plus aisée. Elseneur découvrait ce couloir. Seuls les médecins et certaines professions administratives l’empruntaient. L’atmosphère y était nettement moins oppressante. Les deux hommes purent ralentir le pas et reprendre le cours de leur conversation. Clyde en profita pour donner les dernières consignes à son fils, bien qu’il ne l’écouta que d’une oreille :

—    A notre arrivée nous commencerons par télécharger tes accréditations dans ton bracelet. Tu pourras ainsi aller et venir comme bon te semble sur Esculape le temps de ton stage. Tu vas d’abord me suivre dans mes journées, pour prendre la température – Clyde eut un petit rire forcé et s’excusa presque – humour de médecin …

—    Hum … Elseneur esquissa un sourire indulgent.

—    Oui, bon, poursuivit Clyde, imperturbable, dans quelques jours tu prendras en charge les cas les plus simples. Mémorise bien le chemin que nous empruntons, car nous n’aurons sans doute pas toujours les mêmes horaires de garde.

—    Papa, se récria Elseneur, je vis dans ces couloirs depuis toujours, ce n’est pas si différent du chemin pour Ecole.

—    Bien sûr, mais rien ne ressemble plus à une coursive qu’une autre coursive … Ah ! bonjour, comment vas-tu ?

Tendant la main à un confrère qui venait de le rejoindre, Clyde se détourna de son fils. Elseneur en profita pour s’éloigner de quelques pas. Ils étaient maintenant arrivés dans la salle d’embarquement de la zone B, une grande pièce totalement aveugle ceinturée de portes d’embarquement. Des fauteuils noirs moelleux s’offraient aux voyageurs et un grand écran fixé en hauteur annonçait les horaires de départ. Le prochain vol pour Esculape partait dans cinq minutes. Cette salle d’embarquement n’était à vrai dire pas différente de celle qu’il fréquentait depuis l’enfance pour se rendre sur Ecole. Les gens patientaient, en file indienne ou confortablement enfoncés dans les fauteuils, plongés dans la lecture des nouvelles sur leur tablette ou leur bracelet. D’autres bavardaient par petits groupes, sous le grand tableau d’affichage. La plupart des uniformes arboraient maintenant le caducée de la caste des médecins, mais Elseneur distinguait ici ou là quelques fines plumes argentées, insignes caractérisant le personnel politique et administratif. Il se dirigea d’un pas nonchalant vers la porte d’embarquement et rejoignit ainsi le flot des tuniques grises en attente. Clyde réapparut alors à ses côtés.

—    Prépare ton bracelet, tu en auras besoin pour passer le portique, conseilla-t-il à mi-voix.

—    Je sais, papa. Tu es plus stressé que moi, non ?

Elseneur coula un regard narquois à son père. Accepterait-il un jour l’idée qu’il n’était plus un enfant ?

—    Peut-être, rougit ce dernier … Je suis fier, Elseneur, voilà tout. Tu es devenu un homme, et tu seras un bon médecin, je le sais.

Avec un sourire complice ils s’engagèrent sous le portique dont les portes venaient de s’ouvrir. A leur passage ils dévoilèrent leurs poignets à l’agent de sécurité. La lumière verte clignota et ils purent s’engouffrer dans leur navette.

Exiguë et fonctionnelle, la navette n’en restait pas moins confortable. Clyde repéra immédiatement deux places libres, au milieu de l’appareil. En se frayant un chemin entre les passagers, il tira son fils par la manche et tous deux s’installèrent en hâte sur leurs fauteuils duo.

—    C’est un peu la guerre, aux heures de pointe, prévint Clyde en réajustant sa tunique, n’hésite pas à te faufiler s’il le faut. Notre métier exige que l’on soit un minimum reposé, et cela débute par un vol assis, au calme… El, tu m’entends ?

Clyde sourit et contempla son fils, absorbé par la vue : à l’évidence, Elseneur n’écouterait plus. Entre les deux fauteuils, un hublot s’ouvrait sur le monde extérieur. Le jeune homme s’abimait dans la contemplation du ciel étoilé, immense et profond. A perte de vue, les étoiles scintillaient. Au loin, le soleil apparaissait et donnait une teinte jaune et rouge au ciel. Au-delà du halo irisé formé par ses rayons, la nuit reprenait ses droits et le ciel se constellait d’un milliard d’étoiles. L’absence totale de mouvement de ce tableau, si figé, et pourtant si vivant, avait toujours fasciné Elseneur. Les occasions de contempler le monde extérieur étaient si rares pour un enfant de la Flotte d’Hermès ! Clyde se souvint que son fils avait toujours manifesté cet émerveillement pour le dehors, alors même qu’il n’était jamais sorti des vaisseaux qui composaient leur monde. Il sourit tendrement à l’évocation de ce souvenir. Son garçon était maintenant un homme, mais il aimait se remémorer chacun de ses émerveillements d’enfant.

Lorsque la navette s’ébranla et quitta son port d’attache, le paysage changea. Petit à petit, au rythme du virage pris par le vaisseau, Elseneur et Clyde virent apparaitre la Flotte d’Hermès dans son ensemble. Ils quittèrent tout d’abord le Nid, vaste vaisseau dortoir ovoïde gris dont de nombreuses navettes s’échappaient au même moment. Chacune avait sa destination précise : Aberdeen voyageait dans l’une d’elles, en direction d’Acropole. Un peu plus loin on pouvait distinguer Ecole, large vaisseau rectangulaire, où les navettes déversaient à flux constants les écoliers. Vic devait s’y trouver, maintenant que son stage débutait. Elseneur vit ensuite le soleil se refléter dans l’immense coupole d’un quatrième vaisseau, L’Arche. Telle une bulle de verre translucide, elle absorbait et reflétait à la fois le rayonnement de leur astre, laissant entrevoir ici ou là la richesse et l’exotisme de la flore qu’elle abritait. Tous ces vaisseaux entouraient le Nid, reliés les uns aux autres par le ballet incessant des navettes de transport et par le flux des informations circulant de bracelet en bracelet. Invisible mais bien présent, Esculape, le vaisseau hôpital, se tenait dans le cercle, un peu après l’Arche. Cet amalgame de vaisseaux de métal et d’acier, qu’on appelait familièrement la Flotte, constituait les continents de leur monde, enserrés par l’immensité de la mer galactique. Quelques grains de sable dans l’univers infini.

La navette effectua une nouvelle rotation et passa à proximité de L’Arche. La coupole de verre refléta un instant l’éclat du soleil et Elseneur cligna des yeux, ébloui.

—    Tu t’y habitueras, le rassura Clyde d’une voix rêveuse. A chacun de mes passages, j’aime essayer de distinguer ce qu’il y a au-delà de la coupole. Parfois, on peut apercevoir les champs, si le soleil éclaire le bon endroit, au bon moment …

Elseneur plissa les yeux et mit sa main en visière au-dessus de son visage. L’Arche s’éloignait déjà et la navette amorçait un nouveau virage. Le spectacle qui s’offrit alors à lui était encore plus grandiose.

—    Regarde ! s’émerveilla Clyde, la voilà !

Au-dessous d’eux, à des milliers de kilomètres, se dessina lentement la courbe parfaite d’une planète bleue. Les nuages formaient des taches blanches, masquant par endroits le bleu des océans, ou le vert foncé et le brun des continents. Elseneur n’avait pas souvent pu admirer Miel, la course de la navette pour Ecole n’ayant pas l’orientation adéquate. Il sentit son cœur se gorger d’émotion, sur le point d’éclater.

—    C’est toujours aussi magnifique ? demanda-t-il, le souffle court.

—    Oh oui, c’est toujours ainsi, assura Clyde en se penchant lui aussi vers le hublot. Parfois, il y a des tempêtes et même des aurores boréales. Tu auras la chance de voir cela chaque jour, désormais. C’est un moment unique dans nos journées, il est très précieux. Apprends à le savourer ! Il te ressourcera et te rappellera d’où nous venons, et ce pourquoi nous luttons sans relâche.

Elseneur se retourna vers son père. Clyde contemplait lui aussi la planète, tout aussi ému que pouvait l’être son fils. Dans ses yeux Elseneur put lire tout à la fois l’envie, la fascination mais aussi un soupçon de peur. Avec gourmandise il se concentra de nouveau sur la courbe parfaite de Miel et s’efforça d’en mémoriser les moindres détails. La navette poursuivit sa course et, après un dernier virage, ralentit et s’immobilisa. Autour d’eux, les voyageurs impatients s’étaient déjà levés. Elseneur, encore émerveillé par son tête à tête avec Miel, resta figé contre le hublot.

—    Nous arrivons. Oublions tout cela, les patients nous attendent, lança Clyde d’une voix joviale.

Il tira malicieusement sur la manche de son fils qui eut du mal à détacher son regard du hublot. Le spectacle si rare du monde extérieur était toujours un ravissement qui le plongeait dans une certaine mélancolie. Que n’aurait-il pas donné pour avoir un hublot dans sa cabine, plutôt qu’un mur d’ambiance ? Aussi bucolique et apaisant que soit le décor choisi par Aberdeen, rien n’était aussi fascinant qu’une fenêtre ouverte sur le monde. Un monde glacial et mortel, certes, mais un monde dans lequel il y avait Miel.

Elseneur chassa ses réflexions d’un mouvement de tête et écarta une mèche rebelle de son front. Il pourrait jouir de ce spectacle quotidiennement et il s’en félicita intérieurement. A la suite de son père, il sortit de la navette en franchissant un nouveau portique de sécurité et s’engouffra dans le hall d’arrivée d’Esculape.

 

Pour découvrir la suite des aventures d’Aral et d’Elseneur, rendez-vous sur:

 https://www.helloasso.com/associations/astobelarra-le-grand-chardon/collectes/aidez-nous-a-sortir-les-chemins-d-hermes-tome-1-par-constance-dufort (prix préferentiel de 15 euros)

ou en librairie dès le 13 avril (prix public 17 euros)

 

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